Du 28 septembre au 3 octobre 2026, Salé accueillera la 19e édition du Festival International du Film de Femmes de Salé. Pour ce rendez-vous désormais incontournable du cinéma consacré aux regards portés sur les femmes, la programmation fait une place particulière à une figure dont la pensée continue de traverser les générations : la sociologue et écrivaine marocaine Fatema Mernissi.
Organisée par l’Association Bouregreg, cette nouvelle édition entend prolonger le dialogue entre cinéma, société et création féminine. Elle sera également marquée par la présence du cinéma québécois, invité d’honneur, et par une programmation internationale réunissant fictions, documentaires, rencontres, hommages et échanges autour de la représentation des femmes à l’écran.
Fatema Mernissi, une pensée qui continue de nous accompagner
Il y a des intellectuelles dont l’œuvre appartient à leur époque. Et puis il y a celles dont les questions restent profondément contemporaines. Fatema Mernissi appartient à cette seconde catégorie.
Sociologue, écrivaine et chercheuse, elle a consacré une grande partie de son travail à comprendre la place des femmes dans la société marocaine, arabe et musulmane, en croisant recherche académique, observation du quotidien et réflexion sur les rapports de pouvoir. Son œuvre, largement reconnue au Maroc comme à l’étranger, a contribué à installer les questions liées aux femmes au cœur du débat intellectuel.
C’est précisément cet héritage que le Festival souhaite remettre en lumière à travers un volet spécial organisé en partenariat avec l’Association des Amis de Fatema Mernissi pour les activités culturelles.
L’hommage ne prendra pas seulement la forme d’une célébration du passé. Il invite aussi à regarder ce que les idées de Mernissi continuent de produire aujourd’hui : des conversations, des interrogations et, surtout, une envie de raconter autrement les femmes et leurs trajectoires.
« Fatema, la Sultane inoubliable » : une vie portée à l’écran
Parmi les rendez-vous consacrés à Fatema Mernissi figure la projection de « Fatema, la Sultane inoubliable », le film de Mohamed Abderrahman Tazi.
Sorti en 2022, ce long métrage retrace la vie et le parcours intellectuel de la sociologue marocaine, en revenant sur une femme dont le travail, la curiosité et l’engagement ont marqué durablement la pensée contemporaine. Le film, d’une durée de 112 minutes, a été écrit par Farida Benlyazid et Mohamed Abderrahman Tazi.
À travers cette projection, le festival propose ainsi de retrouver Fatema Mernissi autrement : non plus seulement à travers ses livres et ses textes, mais à travers une œuvre cinématographique qui restitue une personnalité, un parcours et un univers intellectuel.
Le choix de ce film résonne naturellement avec l’esprit du festival. Car raconter une femme qui a consacré son œuvre à interroger les représentations, les rôles et les places accordées aux femmes revient aussi à prolonger, par l’image, une conversation qu’elle avait elle-même largement contribué à ouvrir.
« La femme… dans leur regard »
Cette 19e édition introduit également une nouvelle rubrique intitulée « La femme… dans leur regard », consacrée à la manière dont des réalisateurs hommes représentent la condition féminine dans leurs œuvres.
Une initiative qui ouvre une autre perspective : celle du regard porté sur les femmes, mais aussi de la façon dont le cinéma façonne, nuance ou questionne les représentations féminines.
Le réalisateur marocain Mohamed Abderrahman Tazi sera particulièrement présent dans cette programmation. Sa filmographie accorde une place importante aux personnages féminins, faisant de cette nouvelle rubrique un prolongement naturel de l’hommage qui lui est également consacré. Le festival lui rendra en effet hommage aux côtés de plusieurs personnalités du cinéma et de l’audiovisuel.
Le Québec à l’honneur
Autre temps fort de cette édition : le cinéma québécois sera l’invité d’honneur du festival.
Quatre films seront notamment présentés dans ce cadre : « Impetus » de Jennifer Alleyn, « La Déesse des mouches à feu » d’Anaïs Barbeau-Lavalette, « Dounia, le grand pays blanc » d’André Kadi et Marya Zarif, ainsi que « Fantas » de Halima Elkhatabi.
La programmation sera accompagnée de rencontres avec plusieurs réalisatrices québécoises et d’un master class avec Halima Elkhatabi, réalisatrice québécoise d’origine marocaine. Une manière de créer des passerelles entre les cinémas, les générations et les différentes façons de raconter les expériences féminines.
Une programmation qui donne la parole aux femmes
Au-delà de ces rendez-vous, le Festival International du Film de Femmes de Salé proposera plusieurs compétitions, notamment autour du long métrage de fiction et du documentaire, ainsi que des fenêtres consacrées au cinéma marocain et au jeune public.
Le cinéma marocain sera notamment présent à travers des courts métrages écrits, réalisés ou produits par des femmes, tandis que plusieurs longs métrages récents viendront témoigner de la vitalité de la création nationale.
La programmation prévoit également des rencontres professionnelles et des espaces de réflexion autour du cinéma, de la société civile et de la représentation des femmes. Des dialogues entre cinéastes, des séances de signatures et de lectures ainsi que des projections en plein air viendront compléter cette édition, avec une volonté assumée d’aller à la rencontre d’un public aussi large que possible.
Une année symbolique pour le festival
Cette 19e édition intervient enfin dans une année particulière pour l’Association Bouregreg, qui célèbre ses quarante ans d’existence, alors que le Festival International du Film de Femmes de Salé se rapproche lui-même de son vingtième anniversaire.
Vingt ans de cinéma, de rencontres et de regards croisés auront ainsi contribué à faire de Salé un espace où les femmes ne sont pas seulement des personnages à l’écran, mais aussi des réalisatrices, scénaristes, productrices, actrices, chercheuses et spectatrices.
Et cette année, la présence de Fatema Mernissi donne à cette célébration une résonance particulière. Parce que son œuvre nous rappelle que les grandes transformations commencent aussi par les récits que l’on choisit de transmettre, les questions que l’on ose poser et les voix auxquelles on décide de faire une place. À Salé donc, le cinéma ne se contentera donc pas de regarder les femmes. Il continuera de regarder, avec elles, le monde qui les entoure.




