samedi, janvier 17, 2026

Al Feliz Pescador : Quand la trilogie Before devient une leçon de vie

Il est rare qu’un film réussisse à capturer l’essence de la vie avec autant de délicatesse et de poésie que la trilogie Before de Richard Linklater. Before Sunrise, Before Sunset et Before Midnight ne sont pas seulement des films sur l’amour ; ils sont des explorations de l’existence, de la rencontre, du temps qui passe et des choix qui jalonnent une destinée. Et au cœur de ces dialogues en apparence simples, se cache une parabole dont la résonance demeure universelle… celle d’« Al Feliz Pescador », qui se traduit par « Le Pêcheur Heureux ».

Le pêcheur et le businessman : Une leçon de sagesse contemplative

L’histoire est celle d’un homme d’affaires qui rencontre un pêcheur dans un petit village côtier. Le pêcheur, ayant attrapé quelques poissons, s’apprête à rentrer chez lui pour jouer avec ses enfants, faire la sieste avec sa femme et jouer de la guitare avec ses amis. Le businessman, horrifié par ce manque d’ambition, lui conseille de pêcher plus, de vendre ses poissons, d’acheter une flotte de bateaux, de monter une multinationale et de devenir riche. Et après ? demande le pêcheur. Le businessman lui répond alors : Après, vous pourriez prendre votre retraite, vivre dans un petit village, pêcher un peu, jouer avec vos enfants et faire la sieste avec votre femme. Le pêcheur sourit : Mais n’est-ce pas ce que je fais déjà ?

Cette histoire, d’une simplicité presque déconcertante, agit comme un miroir tendu aux paradoxes humains. Elle force la conscience à s’arrêter… un luxe si peu accordé de nos jours, pour questionner la finalité d’une agitation permanente. Elle souligne cette tendance moderne à différer le bonheur au profit d’une accumulation matérielle ou sociale qui, ironiquement, promet la paix que le pêcheur possède déjà.

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Le piège du « plus tard »

Pour la femme d’aujourd’hui, active et souvent prise dans un tourbillon de performances, cette anecdote frappe de plein fouet. Les existences contemporaines se consument parfois dans la poursuite d’un idéal de réussite, cherchant à cocher des cases et à construire des « flottes » de projets, de carrière et d’obligations. Dans cette course, l’idée que le bonheur cherché au bout du chemin est souvent celui qui se trouve déjà sous les yeux finit par s’effacer.

La trilogie Before enseigne que la vie ne se situe pas dans la destination, mais dans l’intervalle. Jesse et Céline ne font rien d’autre que marcher et parler. Ils ne cherchent pas à « réussir » leur rencontre ; ils la vivent. La leçon d’Al Feliz Pescador traverse les trois films comme un fil rouge : l’urgence de la présence pure débarrassée de l’obsession du résultat.

De l’idéalisme à la réalité : Un parcours initiatique

Dans Before Sunrise, l’état d’esprit est celui du pêcheur. Le temps semble infini, et chaque instant possède la densité d’une éternité. Puis vient Before Sunset, neuf ans plus tard. Jesse et Céline sont devenus des adultes pressés, marqués par les responsabilités et les regrets. Ils ressemblent étrangement à cet homme d’affaires, calculant les minutes avant un départ d’avion, avant de reprendre une vie dite « sérieuse ».

Une scène illustre parfaitement ce retour au présent : lors d’une promenade sur la Seine, Céline confesse n’être jamais montée sur l’un de ces bateaux touristiques, bien qu’elle vive à Paris depuis des années. Pour elle, c’est une activité de « touriste », un divertissement superflu qu’elle ne s’était jamais autorisé dans sa vie de résidente active. Pourtant, au fil de la traversée, elle se laisse gagner par la magie du moment et finit par savourer la beauté de sa propre ville sous un regard neuf.

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Cette parenthèse sur l’eau montre qu’il est possible de redevenir « touriste » de sa propre existence, d’arrêter de simplement « habiter » sa vie pour enfin la regarder et l’apprécier. Dans cette heure volée au cœur de Paris, le chemin du bord de l’eau est retrouvé. La compréhension s’installe : la seule chose qui compte réellement, c’est ce banc, ce café, cette conversation.

Enfin, dans Before Midnight, la leçon devient plus profonde, plus complexe. Le couple est confronté au quotidien, à la logistique familiale, à l’usure inévitable du temps. C’est ici que la sagesse d’Al Feliz Pescador prend tout son sens… le bonheur n’est pas une absence de problèmes ou de responsabilités, c’est la capacité de s’asseoir ensemble, malgré le chaos, et de savourer la connexion. C’est choisir d’être le pêcheur même quand le poids du quotidien menace d’étouffer l’étincelle des débuts.

L’art de la « Slow Conversation » comme acte de résistance

Dans une ère dominée par l’instantanéité et la fragmentation de l’attention, prendre le temps de discuter durant des heures, comme le font les protagonistes de Linklater, devient un acte de résistance… La richesse ne réside pas dans l’accumulation de souvenirs Instagrammables, mais dans la profondeur de l’échange.

Le pêcheur heureux n’est pas un être dénué d’ambition ; il est simplement doté d’une clarté de vision sur ce qui constitue la valeur d’une journée. Il refuse de sacrifier le présent au nom d’un futur hypothétique. Cette philosophie, bien que née dans un film américain, trouve un écho particulier dans l’art de vivre méditerranéen et marocain, où le temps accordé à l’autre, autour d’un thé ou d’une marche, est une richesse que nul businessman ne saurait acheter.

La redéfinition du succès au féminin

La figure de Céline, évoluant de l’étudiante idéaliste à la femme engagée et mère de famille, illustre parfaitement ce combat intérieur. Elle lutte contre la sensation de devoir être partout, de tout accomplir. La leçon du pêcheur est un rappel salvateur : la réussite n’est pas une ligne d’arrivée, c’est la qualité de la présence à soi-même et aux autres.

Il convient donc de réévaluer ces moments de « vide » apparent — une sieste, un rire, une promenade sans but — non comme des pertes de temps, mais comme les véritables piliers d’une vie accomplie. Le luxe suprême n’est plus l’accès à la consommation, mais la maîtrise de son propre temps et la capacité à reconnaître que « le plus tard » est souvent un mirage.

Bref, la trilogie Before murmure subtilement un retour aux sources essentiel à travers la parabole d’Al Feliz Pescador. Il ne s’agit pas d’abandonner ses ambitions, mais de s’assurer que le prix payé pour les atteindre n’est pas la vie elle-même. Car, au bout du compte, l’objectif final de toute entreprise humaine reste de pouvoir, enfin, s’asseoir au bord de l’eau et savourer l’instant. Une leçon de sagesse que le cinéma nous rappelle avec une infinie tendresse.

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Article rédigé par la rédaction Elle & Tendances
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Une référence en termes d'inspiration pour la femme marocaine d'aujourd'hui
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