Tout commence presque comme une histoire d’amour. Une femme de cinquante ans, une rencontre, l’envie de croire encore aux débuts qui comptent. Puis quelque chose change. Avec « Rose Royal », Anne Charrier porte seule un récit où le quotidien glisse progressivement vers le suspense, dans une mise en scène signée Romane Bohringer. Après Avignon et Paris, cette pièce de théâtre arrive au Maroc pour deux soirées, à Rabat le 23 septembre et à Casablanca le 24 septembre.
Rose, une femme qui n’attend plus grand-chose
Rose a cinquante ans. Elle est divorcée, mère de deux grands enfants et mène une vie dont elle connaît parfaitement les contours. Il y a le travail, les appels avec ses enfants, les habitudes et surtout le Royal, ce bar de quartier où elle retrouve chaque soir sa place.
Rose y observe le monde, plaisante, commente les uns et les autres. Elle a de l’humour, du caractère et cette forme d’indépendance que l’on acquiert parfois après quelques désillusions. Elle ne donne pas l’impression d’attendre qu’un homme vienne bouleverser sa vie. Elle semble plutôt avoir trouvé un équilibre qui lui convient.
Et pourtant, l’amour n’a peut-être pas dit son dernier mot.
Puis Luc entre dans sa vie
Un jour, Luc apparaît. La rencontre est inattendue, presque banale. Rose se laisse approcher, puis séduire. Quelque chose se réveille : l’envie de partager, de construire peut-être, de croire qu’à cinquante ans une nouvelle histoire peut encore commencer.
Au début, tout semble simple. Rose avance avec prudence, puis se laisse progressivement convaincre. Mais à mesure que la relation s’installe, certains détails deviennent moins anodins.
Le récit ne bascule jamais brutalement. Il glisse.
C’est précisément là que réside la force de « Rose Royal ». La pièce ne cherche pas à annoncer le danger. Elle le laisse apparaître par petites touches, dans les gestes, les mots, les silences et les rapports qui se modifient presque imperceptiblement. Le spectateur comprend progressivement que ce qui ressemblait à une histoire sentimentale prend une tout autre direction.
Sans dévoiler le dénouement, disons simplement que Rose va devoir regarder sa nouvelle histoire avec un autre regard.
Nicolas Mathieu, au plus près des vies ordinaires
À l’origine de cette histoire, il y a Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 pour Leurs enfants après eux. Avec « Rose Royal », l’écrivain s’intéresse une nouvelle fois à ces existences ordinaires dans lesquelles peuvent se cacher des histoires beaucoup plus complexes.
La nouvelle observe notamment la solitude, le désir et les rapports de force qui peuvent progressivement s’installer dans une relation. Rien n’est surligné. Les personnages ne sont pas réduits à des rôles. C’est justement cette apparente simplicité qui rend le récit troublant.
Adaptée pour la scène par Anne Charrier et Gabor Rassov, la nouvelle trouve dans le théâtre une nouvelle intensité. Le texte quitte les pages pour devenir une parole, une présence, un corps et une succession de silences.
Anne Charrier seule en scène
Pour raconter Rose, Anne Charrier a fait le choix du seul-en-scène. Un exercice exigeant dans lequel la comédienne ne peut compter sur aucun partenaire pour relancer le rythme ou détourner le regard.
Elle est Rose, bien sûr, mais elle fait aussi exister tout ce qui gravite autour d’elle : les conversations, les personnages absents, le bar, les souvenirs et les voix qui peuplent son quotidien.
Cette solitude sur scène crée une proximité particulière avec le personnage. Le public reste au plus près de ses réactions, de ses hésitations et de ses changements de perception. On rit avec Rose, on s’attache à elle, puis on commence à s’inquiéter lorsqu’un détail qui semblait insignifiant prend soudain une autre signification.
La comédienne porte ainsi une histoire qui repose moins sur les grands effets que sur la précision du jeu.
Romane Bohringer, une mise en scène tout en retenue
À la mise en scène, Romane Bohringer fait le choix de la sobriété. Peu d’artifices, une scénographie épurée et une lumière qui accompagne le récit sans chercher à en imposer la lecture.
Ce dépouillement laisse surtout de l’espace à Anne Charrier. La tension peut ainsi s’installer progressivement, sans être forcée. Le théâtre devient un lieu d’observation : on regarde Rose vivre, on écoute ce qu’elle raconte et, peu à peu, on remarque ce qu’elle-même ne semble pas encore vouloir voir.
Cette approche donne au spectacle une atmosphère particulière. Le rire et la légèreté des premières scènes ne disparaissent jamais complètement, mais ils se teintent progressivement d’une inquiétude nouvelle.
Une pièce sur le désir, mais aussi sur la liberté
« Rose Royal » parle d’une rencontre amoureuse, mais réduire la pièce à une simple histoire de couple serait passer à côté de ce qui la rend intéressante.
Rose est une femme qui désire, qui aime rire, qui a envie de vivre et qui refuse de considérer qu’une partie de sa vie serait désormais derrière elle. Son âge n’est jamais présenté comme une limite. Au contraire, il donne à son personnage une épaisseur particulière : Rose sait ce qu’elle veut, connaît ses fragilités et a déjà suffisamment vécu pour savoir qu’une relation peut aussi modifier profondément un équilibre.
La pièce interroge ainsi la frontière parfois ténue entre désir et dépendance, entre confiance et vigilance, entre la volonté de croire à une histoire et la nécessité de rester attentive à ce qu’elle devient.
C’est aussi ce qui donne au personnage sa dimension profondément humaine. Rose n’est pas une héroïne parfaite. Elle doute, elle espère, elle se trompe peut-être. Elle avance simplement comme beaucoup de femmes : avec l’envie de rester libre tout en laissant une place à l’imprévu.
De l’Avignon au Maroc
Créée au Festival Off d’Avignon, « Rose Royal » a ensuite poursuivi son parcours à Paris, au Studio des Champs-Élysées, avant de traverser la Méditerranée.
Le spectacle sera présenté au Maroc pour deux représentations seulement. Le public de Rabat pourra découvrir la pièce le 23 septembre 2026 au Théâtre Bahnini, avant une représentation le 24 septembre au Studio des Arts Vivants de Casablanca.
Billetterie : Les tickets sont disponibles sur Guichet.com.




